Réalisation de la multiplicité, représentation et légitimité

Temps de lecture estimé : environ 45-50 minutes (lecture normale)

Coucou ! Je suis de retour dans le chaos de la vie…

J’ai décidé de faire une petite série d’articles sur la multiplicité et comment je (on) la vit. Je me suis dit que ça pourrait peut-être aider des gens qui sont dans les mêmes questionnements que moi et que ça m’aiderait moi aussi et mes potes de tête à mieux nous comprendre et nous explorer.

Petit disclaimer, j’utilise beaucoup le « je » et j’interchange beaucoup avec le « on » parce-qu’un mélange de masking et d’acceptation de la multiplicité se joue en moi lol. Le « je » n’appartient pas forcément à moi (la personne qui écrit). Aussi, j’utilise beaucoup le terme headmate ou pote de tête pour parler de mes alters parce que on s’y reconnaît mieux (y a pas un mot meilleur que l’autre, faites comme vous le sentez pour vous) !

Du coup, pour ce premier épisode… Sachez qu’à l’heure où je commence à écrire ce truc, j’ai pas de titre parce que je sais pas comment résumer ça… J’avais envie de parler de la découverte de notre multiplicité, et comment et pourquoi ça a été si difficile de se reconnaître en tant que multiple et comment les (certaines) représentations de la multiplicité ont eu une influence sur cette étape de réalisation et d’acceptation, et à la fin, comment on fait pour se dépatouiller avec le sentiment de (non) légitimité maintenant. Je savais pas comment chapitrer ça, du coup à chaque étape, je mettrais des jolies images (libres de droit, elles viennent de pexels :) )

image de l’univers, fond noir, y a une nuée rose au milieu avec des étoiles blanches tout autour
image de l’univers pcq je trouve que la diversité de la multiplicité, ça ressemble à l’univers tellement c’est vaste

La toute première fois que j’ai entendu parler de multiplicité clairement indiquée comme telle, c’était en 2020, à l’époque où le TDI (trouble dissociatif de l’identité) commençait à se faire connaître sur les réseaux. J’ai toujours bien aimé la psychologie (enfin, une partie de la psycho) (j’en parlerais un jour), du coup je m’y suis intéressé par curiosité. J’ai beaucoup lu des ressources de personnes concernées en français à l’époque, du coup ma connaissance du sujet était assez limitée. Mais à première vue, je m’y suis pas reconnu. En fait, j’ai fait l’erreur que beaucoup de gens font, c’est-à-dire penser que si une (1) personne vit sa condition de telle manière spécifique, alors c’est la généralité.

Pourtant, j’ai toujours vaguement su que j’étais pas seul dans ma tête. Ma première réalisation de ça, c’était quand j’avais 6 ans, que quelqu’un (Marley) a pop dans mes pensées en me parlant et que basiquement je me suis dit « ah c’est comme ça que ça marche les amis imaginaires, et si je lui donnais un nom » (non, le principe d’un ami imaginaire, c’est que c’est toi qui l’invente). Du coup, pendant longtemps, j’ai pensé que mes headmates, c’était mes ami.es imaginaires avec qui je parlais énormément à voix haute (ce qui m’a valu quelques insultes quand je suis entré au collège, je papotais avec elleux dans le bus). J’avais (et ai toujours) aussi un monde interne (innerworld) très développé avec mes potes de tête où on vivait nos propres aventures, où on allait se réfugier quand ça n’allait pas, où on faisait des réunions etc.… Au départ, j’avais pas conscience de la dissociation (vu que c’est juste mon état de base, j’ai l’habitude) même si on me le faisait remarquer régulièrement (typiquement mon frère qui est venu me voir et m’a dit « régulièrement, tu fixes le vide sans bouger et tu nous entends pas quand on te parle ») et je remarquais pas que j’avais des switch (passer d’un alter à l’autre qui prend le contrôle) parce qu’à l’époque, j’étais + dissocié qu’aujourd’hui (oui c’est possible) et je me souvenais juste pas, même s’il se passait des choses étranges telles que ma mère qui me demande « t’as mangé quoi à midi » ou qui me dit « tu te souviens de tel événement quand même vachement important de ta vie » et moi qui en avait strictement aucun foutre souvenir.

J’ai (on a) longtemps fonctionné comme ça, au talent, sans me poser de questions parce que ça fait depuis au moins mes 6 ans que mon cerveau fonctionne comme ça, que j’avais clairement l’habitude et que je pensais que tout le monde avait des bizarreries du genre (spoiler : non). Au final, j’ai fini par me poser des questions en parlant avec une amie qui réalisait aussi sa propre multiplicité. Par désir de respecter son intimité, je parlerais pas très exactement de cette conversation mais ça m’a permis de réaliser que c’est quand même étrange qu’à 20 ans, j’ai toujours des ami.es imaginaires dont j’arrivais pas à me débarrasser (oui j’ai essayé de les oublier). Du coup, c’était l’étape où j’ai donné un nom à celleux qui passaient par là et qui en voulaient un (parce que beaucoup n’en avaient pas ou que certains ont voulu le changer -oui, certains de mes potes de tête ont régulièrement changé de nom au fil du temps). Puis on a essayé de communiquer et de comprendre qui est qui, qui vient d’où, qui fait quoi. C’était (et c’est toujours) pas l’étape la plus facile étant donné qu’on se côtoie pas toustes en même temps. Globalement on fonctionne par groupes séparés de gens, dans le groupe le plus récurrent, on est 4 et on a très peu de barrières amnésiques entre nous et y a au moins 1 voire 2 autres groupes (au moins 3 personnes dans l’un, et un nombre inconnu dans l’autre) qui ne se croisent que rarement et où y a des barrières amnésiques assez fortes (donc je me souviens pas quand un headmate d’un autre groupe que le mien vient au front). Le groupe 2 et 3 sont plutôt présents en gestion de crise. Je sais pas à quel point ça pourrait être des sous systèmes du coup en écrivant ça… Bref, il n’y a qu’une personne qui a accès à tout le groupe (June, qu’est caregiver -prend soin des gens- et gatekeeper -décide qui vient au front ou pas) et c’est comme ça que j’ai eu globalement quelques infos sur comment on fonctionne.

Ensuite, après cette première phase de réalisation où j’étais à l’étape « ah j’ai ptêt un ATDS (-autre trouble dissociatif spécifié) », j’ai eu une phase de euh…. De déni ? Où je m’y intéressais plus trop ? Où j’ai un peu laissé tomber parce que ça bouleversait beaucoup de choses (beaucoup de mes potes de tête ont mis longtemps à accepter cette réalisation de la multiplicité + les traumas) ? Enfin bref, j’étais dans une étape de « je sais pas si je suis multiple et c’est pas le moment de s’en occuper ». Ensuite, j’ai eu de nouveau une phase de réalisation dont je me souviens pas parce que c’était pas la mienne manifestement, c’est l’époque où on a créé notre simply plural (c’est une appli pour les personnes multiples) et où on a aussi créé un compte leboncoin visiblement (j’ai découvert ça dans mes mails un beau matin, à l’heure actuelle, c’est toujours un mystère). On avait aussi fait un serveur discord pour tenter de communiquer et il a vaguement fonctionné (pour le groupe 1) mais pas des masses puis a été abandonné. Puis re-phase de déni. Je pense qu’à cette période, personne se sentait légitime à se dire multiple pour des raisons que j’évoquerais après, et que du coup personne n’a voulu ou osé faire l’effort d’explorer notre fonctionnement interne. Cette période avec des phases de réalisation suivies de phases de déni a duré environ 2 ans.

chat gris marron tigré avec une tâche blanche sur la poitrine. Il est couché, de face, a les yeux jaunes, un air dubitatif et les pattes avant croisées
chat rigolo qui semble dubitatif, exactement comme nous à l’époque

Ma dernière phase de réalisation, c’était l’année dernière. Globalement, j’ai eu une crise étrange et pas cool dont je me souviens que vaguement et sur laquelle je n’avais aucun contrôle. Je me souviens vaguement m’être senti très en colère et perturbé d’un coup puis avoir pété un câble (rien de très grave, juste j’ai pas spécifiquement envie de détailler, ça ne m’appartient pas totalement). J’en avais parlé à ma psychologue (celle que je viens de quitter en fait) et à force de discussions, elle m’a lâché un « mais vous avez déjà entendu parler du TDI ? ». J’avais répondu que oui, vaguement, et que je m’étais déjà posé des questions mais que je savais pas quoi faire des réponses. Du coup, elle m’avait expliqué son raisonnement en me disant que ça vaudrait le coup de l’explorer parce que je dissocie (j’ai techniquement un diag de trouble dissociatif, c’est juste pas écrit lequel), j’ai des amnésies et que cette crise là, c’était clairement pas tout à fait la mienne. Du coup, à partir de là, j’ai pris mon courage à deux pattes et j’ai décidé de retourner explorer les tréfonds de mon cerveau (non je déconne j’y ai pas accès). Mais là est revenu mon problème principal et celui de beaucoup de personnes multiples : je me sentais pas légitime.

photo en noir et blanc, floue, prise en hauteur qui montre des personnes qui marchent dans tous les sens
exactement l’image que je me fais du ressenti de se découvrir multiple et de se retrouver face à tous les autres gens multiples (belle transition métaphorique que je serais le seul à comprendre)

Là, on arrive au coeur de mon sujet (désolé c’était si long…). Je l’ai un peu dit avant, mais j’ai beaucoup entendu parler de multiplicité, et surtout du TDI, sur internet. Que ce soit en faisant des recherches sur google ou en regardant des vidéos sur youtube et tiktok. Je me suis presque toujours fait la promesse depuis que j’ai des notions scientifiques que je garderais toujours des pincettes par rapport au contenu que proposent les gens sur les réseaux ou internet parce qu’en quelques secondes à 30 minutes de vidéo, tu ne peux pas aborder toute la complexité d’un sujet (et c’est si frustrant de les regarder quand tu connais des détails que les gens n’évoquent pas du coup… Ça m’arrive rarement mais quand même…. (tu t’égares là)). Et aussi, les gens racontent régulièrement n’importe quoi. Mais même si je sais consciemment que ce que je vois sur internet n’est pas représentatif de la réalité, j’ai quand même intégré inconsciemment ce que j’ai lu ou entendu et je me suis fait une image du TDI et de la multiplicité qui n’était pas celle que je vivais.

Pour donner des exemples et être + explicite, j’ai longtemps suivi la communauté TDI (et pas les autres formes de multiplicité) et spécifiquement celle qui disait des trucs de type « le TDI, c’est rare », « c’est un trouble causé par de graves traumas » et qui faisait du contenu qui ressemblait à « je sais parfaitement lequel de mes alters est au front, quel rôle tout le monde a, combien on est, quand je switche, quand je dissocie etc » (bref les gens ont l’air omniscients même si c’est qu’une impression de ma part) ou encore des trucs du type « alors moi des fois je me retrouve à l’autre bout de la ville et j’ai littéralement aucune idée de comment je suis arrivé.e ici » ou « mes alters sont très différent.es et ça se voit de l’extérieur ». Voilà, ça c’est l’image de la multiplicité que j’avais intégré comme étant une généralité et la vérité finalement. Et qu’on s’entende bien, ces vécus EXISTENT réellement. Et ils sont ok. Mais du coup, le point, c’est que je m’y reconnaissais pas du tout ! Déjà, j’étais étonné d’avoir potentiellement un truc rare (fun fact, le TDI, c’est pas rare, la prévalence est estimée entre 1,5 à 3,7 %, chiffre probablement sous estimé d’après les recherches, chiffre énorme puisque c’est + que les bipolaires ou les schizophrènes par exemple), ensuite, je trouvais mes traumas pas si graves que ça (avant de découvrir qu’un trauma grave, ça ne veut rien dire mais j’y reviendrais après) et pour être honnête…. Ben je connais pas TOUT mon système, je ne saurais même pas vous donner un chiffre précis (j’en ai recensé environ une quinzaine mais aucune idée de si c’est + que ça), je ressens rarement mes switch parce qu’ils sont assez rapides dans mon cas, la majorité du temps, je ne sais pas qui je suis (qui est au front) et mon expérience de la multiplicité n’est pas aussi flagrante (enfin, l’idée que je me fais de flagrant) que celle que j’ai vue sur internet. Aussi, mes potes de tête sont pas toustes excessivement différent.es de moi.

Globalement, dans la vie quotidienne, les gens de l’extérieur ne voient pas vraiment la différence parce qu’on a des goûts assez rapprochés (on s’habille pareil, on mange presque pareil), des passions qui sont pas si éloignées que ça les unes des autres (c’est généralement très centré sur le comportement -principalement chien pour Thao, chat pour Marley, humain pour Thao et June), des comportements à peu près semblables, surtout en situation sociale, parce que le masking (j’ai pas défini le masking, mais c’est quand on masque nos difficultés pour avoir l’air de quelqu’un qui n’a pas de problèmes) etc.

Bébé golden retriever, jaune, yeux noirs, couché, qui regarde vers le haut avec un air plaintif
chien qui fait une pleading face exactement comme moi quand je me demande si je suis légitime

En fait, globalement, j’étais pas tombé sur la représentation du TDI qui me correspondait et j’avais pas pensé à chercher ailleurs. J’avais la fausse croyance, malgré ma volonté, que ça devait être assez visible comme truc. Au moins un peu. Du coup, je me suis régulièrement dit que ça devait être autre chose. Puis je suis tombé sur quelques indices… Notamment, j’ai ouvert le DSM 5 (le livre qui classifie les troubles psy, des critiques à faire dessus mais on est pas là pour ça) et techniquement, je me reconnais dans les critères. Y a aussi écrit que les cas où le TDI est très visible de l’extérieur sont de l’ordre de la minorité. Je sais pas si c’est vrai honnêtement, en soit, on s’en tape, mais du coup ça a relancé la machine de « alors peut-être (que je suis concerné) ». Ensuite, je suis allé chercher ailleurs. D’autres représentations de la multiplicité ou du TDI. Et j’ai écouté des gens multiples (pas forcément TDI) qui fonctionnent tout à fait différemment de moi et de celleux que j’avais vu jusqu’ici, et qui ne se sentent pas légitimes non plus ; et j’ai trouvé ça injuste, je ne pouvais pas juste nier leur existence. Oui je suis dans la team « je crois les gens quand iels me parlent de leur vécu » parce que je suis personne pour en douter. Et très récemment, j’ai commencé à me questionner sur à quel point la multiplicité, c’est vaste (et oui, y a pas que le TDI!!), à quel point nos expériences et existences sont… multiples (lol), et surtout bah, uniques en fait. Pour certaines conditions psy ou physiques, on entend parfois dire « il y a autant de [insérer condition/maladie/handicap] qu’il y a de personnes concernées ». Autrement dit, la manière dont on expérimente un handicap est unique et parfois radicalement différente d’une autre personne qui expérimente le même handicap. Je me suis posé la question parce que je suis aussi psychotique et que dans la schizophrénie notamment, c’est acté qu’il y a des millions de vécus très différents pour la même chose. J’ai très vite remarqué en parlant à des personnes psychotiques qu’on était toustes très différent.es même si la base est relativement commune. Puis j’ai intégré qu’en fait, pour la multiplicité, c’est la même chose. Et pour tout d’ailleurs ! Même en dehors des handicaps, j’imagine que les boulangers n’ont pas non plus un vécu uniforme même si là, on parle de fonctionnement du corps et du cerveau, ce qui rend la chose encore plus unique à mon sens.

image d'un cerveau blanc en boule avec des ampoules jaunes dessinées tout autour
les ampoules qui s’allument quand tu réalises un truc

Je suis récemment tombé sur une vidéo tiktok d’une personne qui parlait d’un truc similaire. Iel (je me souviens plus de ses pronoms) était multiple et iel expliquait que la représentation de la multiplicité, surtout du TDI, avait énormément changé depuis que c’était devenu plus connu (méconnu, mais connu quand même). Iel expliquait qu’à l’époque de sa découverte du TDI (avant 2019), la représentation était surtout axée sur la dissociation et pas tant l’existence d’alters. Que dans son entourage, iels n’avaient même pas toujours des noms et que c’était juste une partie du vécu du trouble, et même pas la plus difficile en soit (par rapport à la dissociation et aux traumas associés quand trauma il y a) (j’y viens). Et ça avait fini sur l’idée que tout le monde acceptait l’idée que chaque personne ait sa propre expérience, quand bien même elle est radicalement différente de celle du voisin. Je me suis beaucoup reconnu dans son vécu (et ça faisait du bien parce que ça venait de quelqu’un de diag et même si je cherche pas activement un diag et qu’en soit, on s’en fout, ça fait toujours un petit truc). J’ai parlé de ça à des ami.es et je crois que c’est comme ça que j’ai eu l’idée d’écrire cet article. En soit, la communauté dont iel parlait existe toujours. Je l’avais juste pas encore trouvée. Et je la trouve bien affaiblie à cause des médias et de certains pros qui racontent environ n’importe quoi sur le TDI, qui rejettent toute autre forme de multiplicité, qui font la chasse aux fakes et j’en passe. Iel expliquait que la représentation la plus connue actuellement du TDI existait peut-être par réactance/réaction à ça justement. On doute de nos vécus tout le temps alors on essaye de prouver à tout le monde que, si, on existe ! Aussi, les gens non multiples trouvent ça plus impressionnant d’avoir des alters que d’avoir de la dissociation ou des traumas.

Cette vidéo est aussi tombée à la période où on se questionnait sur nos origines. Globalement, c’est possible qu’il existe trois formes d’origines d’un système : traumagénique (système euh causé (?) par des traumas, comme souvent dans le TDI), endogénique (système volontairement créé par la personne, ça s’appelle des tulpas parfois, c’est pas là où je m’y connais le mieux encore, désolé) ou mixte. Il se peut qu’on soit mixte. Autant, une bonne partie de mes potes de tête sont apparus de manière inopinée suite à des événements pas cool, autant j’ai clairement le souvenir d’en avoir généré certain.es. C’est qu’une petite partie du système mais par exemple, Yalko (qui a un rôle de protecteur), à la base c’est un personnage que j’ai volontairement inventé un jour où je pétais un câble chez mon père et que j’ai décidé d’écrire une histoire pour cope (supporter). Je sais que y a une partie des commus multiples qui doivent sûrement me détester actuellement parce que j’ai l’impression que c’est assez mal vu d’en parler mais globalement, j’ai inventé son nom, son physique, son histoire, son caractère et ensuite, mon cerveau a pris le contrôle et en a fait un alter. Du coup, à l’heure actuelle, Yalko n’est pas littéralement le petit personnage de mon histoire mais il en est largement inspiré ! Cette réalisation là, elle m’a fait un peu douter de mon vécu mais au final, plein de gens relatent ça alors bon…

vieux livre ouvert avec les pages jaunes qui tournent
livre pour représenter le fait d’écrire des histoires

Du coup, pour terminer, la réalisation de la multiplicité a été un long chemin. Je n’ai pas tout évoqué, déjà parce que fatalement j’ai oublié une partie, mais aussi parce que cet article fait déjà 7 pages et que tout le monde me déteste pour ça (/joke). J’aimerais faire une petite partie sur comment on le vit maintenant. Là, maintenant, tout de suite, on vit une période difficile que je suis pas prêt d’évoquer en détails, du coup on est très occupé.es à gérer ça. De manière globale, j’essaye d’apprendre à me détacher de ce que je vois sur internet et de faire attention à l’impact que ça a sur moi. J’essaye de prendre du temps, beaucoup de temps, pour explorer ma multiplicité tranquillement parce qu’au final, on se découvre jamais mieux que par soi-même (parfois avec un peu d’aide extérieure, mais au final, c’est nous qui faisons le chemin). J’essaye d’arrêter de nous mettre la pression pour communiquer mais plutôt d’essayer d’apprendre à gérer les problèmes qui viennent avec ma multiplicité à moi, à savoir la dissociation et les traumas (de toute façon, chercher à communiquer sans traiter ses traumas, c’est pas l’idée du siècle-). J’essaye aussi de me rappeler ce que j’ai appris en cours, à savoir qu’un traumatisme, c’est subjectif et que ce qui semble grave pour quelqu’un ne l’est pas forcément pour l’autre et inversement. Un trauma, c’est un truc qui arrive, quand TU (en tant qu’individu unique) n’as pas les ressources de gérer un événement négatif. Typiquement, une blessure, ça peut être traumatisant. Des fois pas. En gros, actuellement, on essaye de se découvrir à notre rythme, sans se mettre la pression, en se rappelant régulièrement que notre vécu personnel est unique et légitime.

tête d'un chat roux qui dort, on voit son coussinet rose
chat qui dort pour représenter le chill que c’est d’avancer à son rythme + point coussinet atteint

J’aimerais aussi dire un truc aux multiples qui se découvrent ou qui se posent des questions ou qui doutent. Prenez le temps. Comprendre son propre fonctionnement, c’est super long, surtout quand on est parfois poutré de traumas ou de peurs, et c’est normal. N’hésitez pas à chercher des ressources un peu partout, parfois dans d’autres langues (surtout l’anglais) si c’est dans vos possibilités. Aussi, si vous pensez que vous faites semblant, n’oubliez pas que quand quand on fait semblant d’avoir un handicap, on est parfaitement au courant et à l’aise de le faire, et qu’accessoirement, le trouble factice, c’est super rare (0,3% de la population de souvenir) et qu’on en fait pas autant de bruit pour d’autres handicaps/conditions (zéro vanne, j’ai entendu parler de gens qui fakent des troubles que quand c’est le TDI, jamais ailleurs, et c’est pas faute d’avoir des livres de psycho à la maison). Honnêtement, s’en foutre du regard des gens et apprendre à profiter/apprendre/vivre sa propre expérience, c’est super dur mais ça se fait et ça vaut le coup ! N’hésitez pas à en parler à des gens safes si c’est dans vos possibilités, parfois, il faut les chercher, d’autres fois les gens de notre entourage sont très surprenants (j’ai parlé de mon TDI à quelques rares personnes de mon entourage en les ayant soigneusement sélectionné et les réponses sont vachement positives, je mesure ma chance). Et pour finir, vous faites ce que vous voulez de vos découvertes intérieures. Si vous avez envie ou besoin d’un diag, c’est ok, mais si vous voulez pas, c’est ok aussi. Les mots qu’on a inventé pour désigner des vécus spécifiques, surtout en psycho, ne sont pas des vérités absolues ou figées dans le temps ou 100 % correspondants à votre réalité. J’en parlerais un autre jour, mais si votre multiplicité correspond à un trouble psy, sachez que la limite entre les troubles et la « norme » est très floue et que beaucoup de gens sont entre les deux. C’est juste qu’il n’y aura jamais assez de cases pour tout le monde vu qu’on est unique alors prenez uniquement ce qui vous convient et vous intéresse.

patte de chat noir et blanc, on voit ses coussinets tachetés
coussinets pour + de douceur

Voilà voilà, j’ai enfin fini (9 pages bordel…) (sans les images), je vous laisse tranquille. J’espère que c’était assez clair parce que j’ai écrit ça au talent sans trop me mettre de limites, surtout au début. C’est OK de poser des questions ! Des bisous !!